LES FEMMES ET LA PRISON AU CAMEROUN, LE REGARD DU REPCAM.

Publié le par Le Relais Enfants-Parents du Cameroun

LES FEMMES ET LA PRISON AU CAMEROUN

Avant l’arrivée des colons, les prisons existaient dans les villages africains, la femme était jugée et punie publiquement, ensuite elle était isolée pendant une période déterminée mais était libre de se mouvoir selon ses besoins, pour qu’elle réintègre la société elle devait subir des rites traditionnels où des initiés lui ôtaient toutes les « souillures » de la prison par le jet des œufs pourris par exemples et autres substances dégradantes.
Les colons sont arrivés avec les prisons conventionnelles avec enfermement mais ce phénomène s’appliquait rarement aux femmes à cette époque. Avec l’évolution des mœurs, la présence des femmes venant de toutes les couches de la société dans les prisons va grandissant et prend de l’ampleur.
L’éducation, l’instruction, l’apprentissage sont prioritairement destinés aux garçons dans certaines régions du Cameroun. Ecartelées entre ces différentes contradictions, certaines d’entre elles craquent et finissent par commettre des délits.
Nous nous sommes davantage intéressés au cas des femmes dans les prisons du Cameroun suite au passage d’une amie de notre association, une enseignante américaine  qui a questionné des femmes dans une prison, il en est ressorti une grande détresse qui nous interpelle. Et surtout suite au comportement de leurs enfants que nous encadrons.


Le cas des femmes
Au Cameroun il n’existe pas un régime de détention spécifique pour les femmes dans le code de procédure pénale, à l’exception des articles sur la présence des enfants de moins de 18 mois auprès de leur mère incarcérée. Les femmes détenues se voient appliquer la même réglementation que les hommes. Elles vivent séparées des hommes dans les prisons et bénéficient d’une protection particulière.

Les femmes représentent environ 2 % de la population carcérale au Cameroun qui est environ de 24.000 détenus. Elles sont réparties dans 72 établissements pénitentiaires. Les femmes incarcérées sont majoritairement des mères de famille : 80 % d'entre elles ont eu au moins un enfant.

La société camerounaise est très dure à l’égard des femmes, elles n’ont pas le droit à l’erreur, et pour les mêmes larcins elles sont plus lourdement punies que les hommes. Leur faible pourcentage dans les prisons emmène les gens à ne pas s’en soucier. Il est fréquent que les femmes soient emprisonnées pour un délit commis par leur mari enfui, car la justice espère qu’ainsi l’homme se rendra, pour sauver sa famille ; ce qui n’arrive pratiquement jamais. Si la famille est pauvre, ce qui est souvent le cas, les enfants finissent dans la rue.


 Arrivée à la prison :
Lorsqu’une femme arrive en prison on la conduit chez le Médecin pour des examens afin de vérifier si elle ne développe pas une pathologie pouvant contaminer les autres détenues. Et si elle a le VIH/SIDA pour une éventuelle prise en charge par une ONG.
Lorsqu’une femme est porteuse du virus cela se sait tout de suite et elle est isolée par ses codétenues, personne ne partage ses outils et elle vit un double enfermement.
La taille moyenne d’une cellule est de 25 mètres carrés. Ce n’est jamais un espace à soi. On doit y être visible de jour comme de nuit. On se sent harcelé jusque dans le sommeil. Les cellules sont fouillées régulièrement et arbitrairement, chaque fois que l’administration le décide.
Un grand nombre de femmes font du petit commerce, fabriquent des objets destinés à la vente et envoient de l’argent à leur famille. Non seulement elles ne sont pas assistées, mais ce sont elles qui soutiennent l’extérieur
Population
Notre rapport a porté sur 30 femmes détenues, réparties dans trois prisons où elles sont isolées dans un quartier qui leur est propre.


L'âge
Les femmes de la tranche d'âge de 20-30 ans sont les plus fréquemment rencontrées en prison. La population carcérale féminine est relativement jeune. Les femmes âgées de moins de 18 ans et de plus de 50 ans sont très peu nombreuses.


La relation avec leurs enfants et familles
La plupart des femmes sont abandonnées par leurs conjoints à cause du motif de leur emprisonnement, du regard des autres et de la honte devant les amis et connaissances. On cache la vérité à leurs enfants
Au Cameroun l'emprisonnement est considéré comme particulièrement honteux, les femmes ont tendance à recevoir moins de visites que les hommes. La famille peut les rejeter ou ignorer où elles sont détenues.  Leur époux peut se remarier. Or les visites sont déterminantes pour l’équilibre psychologique d’une personne détenue et constituent un moyen de se procurer de la nourriture, des médicaments ou d’autres articles essentiels, lorsque les ressources sont limitées et que les autorités ne fournissent pas les biens adéquats. Dans ces circonstances, les responsables pénitentiaires des prisons de Yaoundé et de Mfou encouragent à faciliter le plus de contacts possibles entre les détenues et leur famille, par des visites courtes mais nombreuses. Les autorités pénitentiaires se montrent souples quant à la fréquence et à la longueur des visites, en particulier lorsque les visiteurs sont venus de loin, et  prennent en compte les horaires scolaires et de travail habituels, afin de permettre aux enfants de rendre visite à leur mère en dehors des heures d’école seuls ou accompagnés par le Relais Enfants-Parents du Cameroun. A travers le REPCAM, les femmes détenues que nous accompagnons voient grandir leurs enfants qui bénéficient des besoins essentiels (alimentation, bourses scolaires, cadeaux de noël, soins de santé et habillement).

Soins prénatals et postnatals
Les femmes enceintes et allaitantes ont aussi des besoins nutritionnels accrus, qui ne sont que rarement pris en compte ou pourvus par les autorités pénitentiaires. Par conséquent, la nourriture fournie peut se révéler insuffisante pour couvrir les besoins nutritionnels de ces femmes. Les prisons principales ne sont pas toutes dotées d’un médecin, il arrive que des nouveau-nés soient mis au monde en prison dans des conditions d’hygiène précaires et par du personnel ne disposant pas des connaissances médicales nécessaires, ce qui peut entraîner des complications tant pour la mère que pour le bébé.
Dans la mesure du possible, les femmes enceintes et les mères d’enfants en bas âge ne devraient pas être détenues, car les prisons ne sont pas adaptées à leur situation. Néanmoins, en cas de détention de leur mère, ces enfants ont droit à des soins médicaux, à de l'eau et à de la nourriture. Heureusement, ces enfants ne sont pas traités comme des prisonniers, certaines familles viennent les prendre une ou deux fois par mois et le Relais Enfants-Parents les conduit une fois par mois à l’hôpital pour des soins de santé primaire.

Le niveau de scolarisation 
Dans l'ensemble, le niveau de scolarité des détenues est très faible. Certaines ne savent pas écrire une simple phrase française ou faire un calcul basique. Ce défaut de scolarisation fait que ces femmes, venues pour la plupart du village, se trouvent, comme travail, que des emplois dans les familles en ville où elles sont parfois logées et nourries ou autres petits métiers. Signalons qu'il n'est pas rare de voir des femmes appelées " bonnes " victimes d'agressions sexuelles. Par ailleurs, nous rencontrons des femmes issues de toutes les couches de la société allant des plus instruites au moins instruites.


Le statut matrimonial :
Il y a une prédominance des femmes célibataires dans la population carcérale à côté des femmes mariées et divorcées.

 

Les motifs d'incarcération :
   
•    Vol  simple

•    Prostitution ou simple vagabondage (défaut de carte d’identité nationale)
•    Coups et blessures volontaires
•    Contentieux familiaux et économiques,
•    Infanticide 
•    Question de l’héritage, du veuvage, se pose également.
•    Faux et usage de faux en écriture
•    Détournement des fonds publics
•    Escroquerie foncière
•    Trafic de stupéfiant
•    Sous-représentées dans les infractions à caractère violent sauf dans des cas de violence envers leurs co-épouses.

 

Elles ont été très fortement marquées par des bouleversements dans leur milieu d’origine : décès, séparations, divorces, placements ou situations d’alcoolisme et de violence. 

1.    « Je suis prisonnière  depuis 3 ans. On m’accuse de savoir où se trouve  B. D., et de refuser de le lâcher à la police.  Le crime dont on l’accuse, lui,  c’est  d’avoir commis le vol à main armé.  Mais il n’est pas vrai que je sache où il se trouve ni que j’ai participé en aucune manière à un crime.  Je ne sais pas où est B.D.,  je ne le savais pas quand on m’a arrêtée.  Je suis en prison depuis presqu’un an, sans être jugée.  Je n’ai pas vu d’avocat;  on ne m’a jamais donné une date de jugement.  On me garde là, en m’accusant de cacher des informations que je n’ai pas et je n’ai jamais eues ».

2.    « Je suis bouleversée.  Je ne peux pas le croire.  Comment est-ce que ma co-épouse a pu mourir?   Et je n’avais aucune intention de la tuer.  Je ne voulais que me défendre.  Je me rends à la gendarmerie pour dire que la fille poignardée, c’est moi qui l’ai fait.  J’apprends qu’elle est morte.  Je ne me souviens point d’avoir infligé ces coups de couteau.  Je ne me souviens que d’avoir piqué cette femme une seule fois, à la cuisse.  On m’arrête, on me conduit à la Prison.  Trois semaines plus tard  on m’emmène au Parquet signer le mandat de dépôt.  Et j’attends depuis six mois qu’on m’appelle pour être jugée.  Je n’ai pas d’avocat. »

3.    « J’ai accouché un enfant qui à 5 ans n’avait pas encore fait un seul pas, ne parlait pas était taxé de monstre par mon entourage, on m’a conseillé d’aller le laisser au bord de la rivière du serpent, il allait se transformer en serpent, ce que j’ai fait à l’insu de ma famille qui s’est posée des questions peu de temps après l’absence de l’enfant. Une semaine plus tard des gens du village ont retrouvé le cadavre au bord du fleuve et tous les soupçons ce sont dirigés vers moi, j’ai avoué et j’ai été conduite en prison, j’étais enceinte de 8 mois, j’ai accouché mon bébé ici il y a 2 semaines. Je regrette profondément mon geste et mon fils me manque beaucoup. »

4.    " Pour rien au monde ; je ne pourrais retourner dans ma famille avec un enfant de père inconnu ".

5.    " Je mérite la mort, je suis tombée enceinte du mari de ma mère".
Toute une série de plaintes de ce genre soulignant une culpabilité et une responsabilité non partagées avec l'auteur de la grossesse.


La durée de l'emprisonnement :
Près de 85% des femmes sont en détention préventive, et sont encore appelées prévenues, les attentes de jugement sont longues, il est souvent fréquent de rester prévenue pendant quatre ans. Le plus difficile parfois n’est pas l’emprisonnement mais les conditions de détention et les longues peines.
Ces femmes complètement démunies quelque fois, ne voient même pas l'utilité d'un avocat. Les jeunes filles incarcérées pour vol, prostitution et drogue sont assez rapidement jugées et on trouve, dans cette population, beaucoup de récidivistes.


Projet d'avenir : 
Les détenues expriment un défaut d'anticipation et se sentent complètement exclues d'une vie sociale qu'on pourrait qualifier de normale. " Elles ont fauté, la société ne leur pardonnera pas ". Condamnées socialement pour le reste de leur vie par le poids socio-culturel et religieux, ces détenues pour la plupart ne sont plus en contact avec leur famille. Il faut signaler que l'organisation pénitentiaire dispose de très peu de moyens et n'a pas prévu des structures d'accueil et d'insertion de ces personnes complètement marginalisées dans leur propre système socio-culturel.

 

Conclusion
La détresse est toujours plus patente chez les femmes que chez les hommes, l’ensemble de la population pénale est avant tout caractérisée par la pauvreté, la précarité et l’exclusion.
Pour elles, le sentiment de honte et de culpabilité lié à la détention est plus intense, le corps devient le premier lieu d’expression de la plainte : elles somatisent, tombent malades, connaissent des troubles alimentaires ou digestifs. Elles n’ont plus leur menstruation, parfois durant toute leur détention. Les états de prostration ou de dépression grave, sont très élevés.
Reste à réfléchir sur les possibilités de réinsertion de ces femmes ayant séjourné en prison tout en sachant que cet événement marquera à jamais leur vie.

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akamendo bita Marie Claire 25/01/2016 17:54

Article poignant, qui donne à réfléchir.Bravo à ceux ( REPCAM) qui aident à soulager la détresse des ces pauvres âmes.