L'histoire de Joël, le déclic.

Publié le par Relais Enfants-Parents du Cameroun

Je suis JOEL, j’ai 15 ans, né au Cameroun et enfant de détenue. J’ai été repoussé par tout mon entourage à 12 ans et à cause de mon statut. Un jour, alors que je voulais jouer avec d’autres enfants de mon quartier, j’ai été chassé comme un malpropre. Ils ont dit qu’ils ne jouaient pas avec moi parce que j’étais fils de prisonnière et que j’allais les contaminer. J’ai reçu cette information comme un coup de poignard en plein cœur et je comprenais alors pourquoi la seconde femme de mon père me rappelait toujours que j’allais finir comme ma mère.

J’ai pris deux résolutions qui, selon moi, devaient m’être salvatrice. D’abord j’ai commencé à dormir dans la rue où je me suis fait de nouveaux amis qui m’ont accepté. Ensuite j’ai eu l’idée de voler les livres de mes camarades pour être arrêté, amené au commissariat puis à la prison pour y retrouver ma mère afin de vivre avec elle et retrouver la chaleur d’un amour. Je précise que malgré toutes les misères que me causaient mon père, sa femme et les autres enfants du quartier, j’avais continué à aller à l’école mais pour des mauvais résultats car à la maison je ne mangeais pas et j’étais toujours méprisé et voué à toutes les tâches ménagères. Pour un repas incertain constitué des restes de nourriture.

A mon école, j’ai volé les livres de mes camarades qui sont allés le dire à la Principale de mon collège. Celle-ci m’a demandé pourquoi je posais cet acte honteux. Je me suis jeté à ses pieds et lui ai demandé à genoux de me conduire au commissariat afin de me faire arrêter pour retrouver ma mère à la prison car j’étais à la recherche de l’affection, de l’amour. Je voulais vivre avec une personne qui pouvait me comprendre. J’avais déjà fait 3 ans sans voir ma mère et je n’avais aucune nouvelle d’elle, tout ce que je savais c’est qu’elle m’avait abandonné et qu’elle était vivante.

La Principale de mon collège, Mme MIMBOE NDI-SAMBA Claire a entrepris les démarches nécessaires et m’a permis de revoir ma mère à la prison de Kondengui et s’est engagée à me la faire voir tous les mercredis en créant une association, le Relais Enfants-Parents du Cameroun pour le maintien des liens parentaux. J’attendais ce jour avec impatience et grande joie. Elle avait réussi à convaincre mon père et sa femme que j’étais un enfant à part entière comme tous les autres et que j’avais besoin d’amour et d’attention comme toute autre personne.

J’ai retrouvé le sourire et abandonné la rue. J’ai commencé à réussir à l’école, je suis passé de 08/20 à 16/20 ; tout à changé car j’avais retrouvé l’amour qui me manquait et mes camarades sont devenus mes frères et mes amis puisqu’ils ne me prenaient plus comme un enfant de prisonnier, mais comme un enfant tout court. J’ai eu mon B.E.P.C en travaillant avec des camarades avec lesquels on a formé un groupe d’étude. Dans celui-ci, chacun venait en aide à l’autre pour combler ses lacunes dans une matière.

Actuellement je suis en classe de 2nde C.
En plus de mes études, mon activité dans l’association Relais Enfants-Parents du Cameroun est l’encadrement des autres enfants des détenus qui souffrent en silence.

Je conseille aux hommes de changer le monde en pensant à l’amour, à la fraternité et à l’amitié et je conseille aux grandes personnes de souvent se mettre à la place des enfants pour mieux les comprendre.

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